Revue de poésie rationnée

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#57 Guillaume Dorvillé / Deux poèmes courts

VIEUX POÈME RETROUVÉ

Banane vient d’avoir 14 ans
Il marche avec une canne
et répète toujours la même chose
Miaou

/

ÉCUREUILS

Je t’écris un mini-poème
avec un peu de joie
la même que celle du
Short Message System
et c’est comme courir
15 km
avec des écureuils aux pieds

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#56 Le glacier

le glacier, le ciel
la piscine

l’escalier, rose
l’horizon

la luge, jaune
dans la neige

une branche
touche

la surface de l’eau

chacun habite au point le plus éloigné de l’univers

« regardez comme je vis quelque chose
comme je suis en train de le vivre
et de le ressentir
oh, moi !

aux dons exceptionnels
aux antennes longues
mes doigts fins retranscrivent la secousse
de ma cervelle s’écoule un poème »

de ma cervelle s’écoule un poème
si proprement lui

si je dois réunir mes forces
aide moi à le déplacer

une source prend n’importe quelle forme
de couleur noire

laisse la porte entrouverte
j’aimerai ce courant d’air froid

#55 Fabio Viscogliosi / Rococo Notes (extrait)

1. Mercredi

Ce lent soleil
sur le plateau de bois
orné de fleurs
de trèfles
Le souffle du chalumeau
qui colle et fixe
les plaques de goudron
à la terrasse en construction
Et les sifflets des oiseaux
Mercredi est un jour
de semaine

 

2. Picaresque

Je rêve d’un roman picaresque
Le mot se suffit
à lui-même
Le titre et la chose
d’un seul trait
Et l’horizon
de même

 

3. Sommier à lattes

C’est un sommier à lattes
Il faut les monter une par une – difficulté
à faire tenir l’ensemble
Travail à genoux

 

4. Pistes

Masquer une forme
sous un aplat, noir ou blanc,
cela ne suffit pas à masquer la réalité
qui remonte à la surface
Il faut trouver une contre-forme
qui vient brouiller les pistes
et les yeux

 

5. Noms de couleurs

Ficelle et bouleau

 

6. Nom de couleur, en anglais

Keen green

 

7. Brosse

Tracer une ligne de 8 mm
avec une brosse de 8 mm
A chaque ligne, sa brosse

 

8. Soirée

François Villon
remontait un petit chemin de campagne
Il était près de six heures du soir
lorsqu’il entendit quelqu’un rire
dans son dos

#54 Hugo Pernet / Ruban

à Aurore

chargée comme la branche du sapin
de neige

à 6 heures du matin ma cervelle
est bien fraiche (les bières au frigo)

il y a des adjectifs au frigo
à quoi associer ces images

(autre exemple)

tes pas effacent la neige
si je fais le chemin – la neige foule mes pas

#53 / Pauline Cortinovis

COSMOS

Cosmos
Point
Planté là
Aveugle à toutes choses
Les propulse
À l’envers du monde
Tel qu’il fut.

 

FLOR DA NOITE

Tu repousses mes folies
à leur marge

Au bord du silence
un point d’ultime confusion

Le cercle d’écume
s’élargit et s’affine

Je m’évapore.

Tu me dis
Je voudrais être au fond de l’océan.
As-tu déjà marché au fond de l’océan ?
Là où le sable est sec
Là où le ciel est cerné d’eaux
Solides
Tenues seulement par ton souffle.

Tu dis la violence et la destruction
Font partie des choses
Du monde
Là est leur valeur
Leur valeur est de nous rendre valeureux.

Tu me dis
Je peux être pire, tu sais.
Tes yeux roulent, cherchent en vain leurs bords
Flou, panique.

Je prie
Qu’un jour
Le Grand Lasso de Feu
Fait de la Corde du Cœur
Fende la nuit
Pour y redessiner le double cercle
De ton regard
Égaré.

#52 / Guillaume Dorvillé

LE ROI DES LOSERS

Je suis le roi des losers
j’ai envie de tout péter
Je suis le roi des losers
j’ai envie de tout péter
Dis-moi que j’ai le droit de vivre
Dis-moi que j’ai le droit d’aimer
la fille qui me plaît le plus
Celle qui me plaît le plus
Je suis le roi des losers
j’ai envie de tout péter
Tout salir d’une fumée bien noire
Alice tu me plais
J’ai refusé que tu me raccompagnes
Alors que tu t’es assise près de moi
et j’ai vu la mèche blanche
de tes cheveux
Je suis le perdant
et j’ai pleuré en attendant le bus
j’avais envie de frapper
j’ai encore frappé à l’intérieur
mes coups étaient à l’intérieur
Une énorme larme est tombée net
de mon œil
J’ai retenu les autres
parce que je me regardais
Je fredonnais
Je suis le roi des losers
Dans le bus on était tous des losers
avec nos visages de perdants
J’avais envie de disparaître
dans le bus je n’étais rien
qu’une boule de tristesse
Alice, je ne m’aime pas
et je ne veux pas que ma tristesse
vienne gâcher ton sourire
Je ne m’aime pas
je manque de cran
parce que l’amour que j’avais
s’est retourné contre moi
et m’a tué complètement

 

SURFER GIRL(Z)

Megan Abubo
        Christa Alves
                Lisa Andersen
    Anastasia Ashley
Alana Blanchard

Monyca Byrne-Wickey
                Catherine Clark
                        Ellie-Jean Coffey
    Courtney Conlogue
Quincy Davis

Lani Doherty
        Laura Enever
                Sage Erickson
    Sally Fitzgibbons
Maya Gabeira

Stephanie Gilmore
              Coco Ho
                  Erica Hosseini
      Kit Keenan
Bree Kleintop

Maud Le Car
        Malia Manuel
                Kelia Moniz
    Carissa Moore
Partridge Twins (Hailey & Sierra)

Karina Petroni
            Alessa Quizon
                Bruna Schmitz
      Jenny Useldinger
Tyler Wright

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#51 Guillaume Dorvillé

PRÉ

Sur fond d’orage
derrière les barbelés
à la limite du pré
je vois les échines frémir
la peau des chevaux
vibre
Les secousses battent un
rythme étrange
Les robes sont brunes
noires beiges caramel
grises et blanches
parfois pommelées
je te vois dans ces paires
d’yeux
tantôt paisibles
tantôt ébouriffés
Alors sur ta caisse claire
tu entames un roulement
où le tonnerre
le galop
les crépitements
les étincelles
parcourent les fils barbelés
hérissent mes sentiments
font hurler les chevaux
brûler la gomme
Tout devient flou sauf sur
cette photo
en noir et blanc
où tu me dis le vent
les lumières de la rue le
point incandescent de ta
cigarette et les spectres
qu’elle dessine
Un peu à droite au dessus
du moulin
le ciel est violet et bleu-gris
délavé tandis qu’à gauche
percent des zébrures du
même rose qu’une fleur
d’albizia
J’ai senti une goutte d’eau
sur mon visage qui était
une vague

 

PALOMINO

Le sol est plat, mélange de terre battue et de sable. Le cheval est pris sur le vif. On le voit de trois-quart se tourner vers nous. Son corps est presque de profil. Sa tête donne l’impression qu’il va foncer. Ses deux pattes avant sont pleines de muscles et de nerfs. Elles ne touchent déjà plus le sol. Curieusement son air est doux alors que tout respire chez lui la puissance. Ce qui le caractérise c’est sa robe palomino. Il paraît doré. Métallisé. Son poil réfléchit la lumière. Fauve. Sa crinière et sa queue sont blanches. Il nous aveugle. Il nous hypnotise. Il vient vers nous. Il nous est familier.
Juste derrière lui il y a une clôture avec de solides piquets en bois. Ils sont bruts et veinés. Selon cet angle on pourrait confondre l’un des piquets avec une patte surnuméraire. Derrière la clôture on voit immédiatement l’horizon. Le terrain semble s’arrêter à pic. Plus loin et en contrebas le paysage est flou. Il est composé de forêts et de champs. De la limite du terrain bordé par la clôture jusqu’au ciel tout est bleu. Un bleu délicat qui contraste magnifiquement avec le sol, le cheval et le bois de la clôture. Un ciel bleu, cotonneux, froid et intensément lumineux. Les chevaux à la robe palomino sont aussi appelés Magical Horses.