#30 Guillaume Dorvillé / 2/2

par revuespam

Tout le monde est mort
Tout le monde est vivant
Sur ton cœur
et sur ta pierre
Tout le monde est mort et
tout le monde est vivant
Dans la plaine sous le vent
dans les éclairs et dans ta bouche
Tout le monde est mort
Sur mes yeux et au sommet des arbres
à travers le grillage
sur la peau des chevaux
Tout le monde est vivant
A ta montre
dans les terriers
et sur tes dents
Dans les fossés
sur les toiles d’araignées
les t-shirts
et les volcans
Tout le monde est mort
Tout le monde est vivant

La peau des chevaux
l’eau grise
les nuages violets comme des perles
la beauté d’un message
plein de gentillesse
la fraîcheur de l’eau
que l’on tire à deux mains
sur une corde abîmée
un petit mammifère noyé
la montre au poignet
qui reste étanche
sous le poids de la vague
le cerf-volant qui refuse de voler
la coccinelle noire aux deux points rouges qui se colle à toi
les pneus presque lisses et sur ton œil l’ombre d’un épervier

Je crois que j’étais mort
je n’étais plus présent
j’avais le vent de face
j’avais plus personne
plus personne à appeler
plus personne à aimer
plus personne nulle part
J’étais sur un rocher
j’étais dans ma caverne
j’étais un manchot
je glissai sur le ventre
j’étais mort et j’avais chaud
il faisait toujours nuit
j’étais un fantôme
avec de l’amertume
qui n’avait plus sa violence
j’étais un poisson sur le dos
avec son ventre blanc
comme un œil parti
j’avais mes pensées qui déconnaient
je pensais que j’étais fini
je pensais que dans une dimension parallèle
ma vie continuait normalement
mais qu’ici j’étais puni
c’est pour tout le monde pareil
j’ai eu de la chance
puis je n’ai plus eu de chance
et je sais que c’est pas vrai
que j’ai pris cher
je suis à présent un chevreuil
je te regarde dans le crépuscule
je ne bouge pas car je n’ai pas peur
je te regarde dans les yeux
je te regarde dans les yeux et ça te rend malade
ça te rend triste
ça te brise le cœur
ça te donne le vertige
ça te donne envie d’aimer
ça te donne envie de mourir
je te regarde dans les yeux
tes yeux plein d’amour
tes yeux qui pleurent à cause du vent
du froid
des éclairs
du son de ta voix
qui s’éteint dans la nuit
comme un dernier coup de tonnerre