#29 Guillaume Dorvillé / 1/2

par revuespam

Salut,
Tu sais, je me suis transformé en homme sauvage. Au début je me promenais avec un t-shirt que je trouvais beau : une photo noir et blanc d’un surfeur avec des touches de peinture. Des points noirs, deux tâches bleues qui couvrent les mains et un point rouge sur son visage. Ça me faisait penser à Niele Toroni et aux empreintes de doigt de François Bouillon. J’en étais vraiment content. Et puis j’ai cherché à avoir un sifflet. J’en ai trouvé un avec un cordon. Je me baladais avec autour du cou comme le Sergent Slater. Fabriqué en Corée. Je me suis promené avec le chien. J’ai observé les chevreuils à 10 mètres. J’ai enlevé les dents sur un renard mort. J’ai fini par les jeter dans le maïs. J’avais les mains qui sentaient très mauvais. Alors j’ai gardé un caillou. J’ai frotté mes mains dessus. Pendant tout le chemin. Le chien a soulevé un chevreuil. On est passé à côté d’une très belle éolienne en métal. C’était comme dans le Grand Ouest. J’avais aussi pris avec moi mon pistolet à plomb. Un Buckmark de chez Browning. Un bel objet. Mon crache-pruneaux. J’ai fabriqué une cible un peu dingue que j’ai peint à l’aquarelle. J’avais un peu la sensation de gâcher la peinture et ça me faisait plaisir. Il y avait une pièce en métal qui tintait. On tirait à 15 mètres avec ma mère et son ami. On vivait à la ferme, on était des cow-boys. J’ai aussi trouvé un putois mort. Il était vraiment beau et ça m’a ennuyé. C’est un peu cliché d’écrire ça mais le ciel est toujours merveilleux ici. C’est le deuxième jour de pleine lune. Quand je la regarde avec les jumelles, je suis fasciné. On peut voir plein de détails. Hier, je pouvais voir mon ombre au milieu de la nuit. Dans le champ en face, il y a un chat noir qui court après les lapins. Dans le blé coupé, il me faisait penser à une panthère dans les hautes herbes. Je vais acheter une carabine bientôt. J’aimerais pouvoir chasser le lapin. Il y en a partout et le pâté est excellent. J’ai sondé le puits. D’abord avec un grappin puis avec un aimant en forme de fer à cheval. J’ai aussi trouvé deux meules dans le jardin. Deux jours de suite il y avait un avion de chasse qui est passé très bas juste au dessus de moi. J’ai aussi vu une grande sauterelle verte. Pendant deux semaines mon téléphone était en silencieux. J’ai utilisé deux boites de 500 plombs. J’ai parfois été triste de ne pas avoir de petite amie pour partager tout ça. Ce matin on a attrapé une souris dans un piège. On a écumé toutes les grandes surfaces du coin. J’ai acheté un comics américain : Batman Saga. J’ai recollé mes baskets avec de la super glue du tonnerre. J’ai pas lavé mon jeans depuis longtemps. Il a une drôle de gueule. J’aime bien. Le chien sent vraiment pas bon parce que je l’ai laissé se coucher dans le cadavre de renard. Je lui ai lancé des cailloux et des bâtons. Il était content mais ça n’a pas suffit tous ces bains dans le fleuve. Je pars demain.

1 224 km/h
Un ciel d’orage comme dans le film Miami Vice.
J’ai pensé à un cerf-volant avec des flammes.
En brésilien on dit Caveja pour une tête de mort. Je lui ai parlé de Max Cavalera de Sepultura.
Sur la terrasse au même moment il y avait un crapaud, une grenouille verte et un phasme.
Le lendemain, j’avais un phasme brun sur la jambe.
Dans le ciel j’ai vu une aigrette garzette.
Un autre jour j’ai vu un milan.
Le chat a fini par sauter sur mes jambes quand j’étais assis. Peut-être qu’il est hermaphrodite. J’ai acheté Lui car il y avait un t-shirt vendu avec. Je l’ai mis tout de suite. J’avais fait les courses avec de fausses Wayfarer vert translucide mais je les ai pas prises. Je me suis acheté du Denivit pour que mes dents brillent comme avant.
Ici aussi un avion de chasse est passé au dessus de ma tête.
Il y a cette femme qui s’est approchée de moi et qui m’a touché deux fois.
J’ai répondu à S. à qui je pense. On met un mois avant de se répondre et elle me dit que mes messages sont gentils. J’ai vidé tout le hangar comme ça mon cousin qui craint les araignées pourra enfin commencer sa terrasse. Je me suis occupé de sa fille L. C’était vraiment super. Au fond du jardin, on a fait comme si c’était notre maison. Il y avait des courants d’air partout alors elle a fermé les fenêtres. J’ai couru jusqu’à la Grande Guyornière. J’ai pédalé jusqu’au Rocher. J’ai vu par dessus des murs qui me dépassaient. J’ai fait le tour du monument avec sa vierge au sommet. Avec la pluie, je crois que l’été vient de passer. Il y a eu aussi le pic vert avec sa belle crête rouge et son cri qui ressemble à un rire. Je suis passé devant le Poteau, la Bouillée, la Juire, le Moulinet et Maison Neuve. Aussi devant le Pavillon et la Roche-Giraud. J’ai dégommé un taon comme pour venger le cul des vaches. J’ai fermé les yeux en voiture. J’ai pensé que j’étais seul et que ma vie était comme dans un rêve. Ce matin, j’avais deux puces sur la jambe. On a aussi trouvé un truc dégueu près du fil à linge. Une sorte d’organe ou de fœtus en forme de haricot de trois centimètres. C’était la journée dégueulasse avec un temps pas terrible. Pas un jour de cafard alors je me dis que tout va bien.